Son poisson rouge était mort noyé alors qu'elle avait 7 ans, et depuis ce jour Pulchérie ne voulait manger ni poisson, ni crustacé. Mais Émile, le fils du boucher, qui n'aimait pas la viande la fit rapidement changer d'avis.

Le lendemain du bal des pompiers, comme prévu, elle avait fait une promenade sur la plage de Keranna et Émile n'avait pas tardé à faire son apparition. Ils étaient devenus copains (comme cochons)voire plus, parcourant, enlacés, des kilomètres de plage, se baignant, échangeant des kyrielles de baisers, sous l'oeil outré des vieilles qui prenaient le soleil l'après midi, toute coiffe dehors !

Parfois ils allaient à la pêche aux krills. Émile les faisaient griller sur un barbecue de fortune posé à même le sable, Pulchérie mangeait goulûment avec les doigts, en regardant amoureusement son promis. 

Il la charmait en lui contant des histoires de kangourous et de koalas, jolies bestioles qu'il avait pu admirer lors de ses voyages autour du monde. Il racontait la cueillette des kiwis, l'extraction du kaolin, les marchés aux épices, les odeurs, les bruits et les couleurs.

Il faut dire qu' Émile était dans la marine,. Pulchérie aurait préféré l'armée de terre, elle avait un faible pour la tenue kaki et le képi assorti.(sa mère lui avait pourtant dit plus d'une fois que toucher le pompon d'un marin portait bonheur) Heureusement, il n'était pas pilote de chasse, elle avait les kamikazes en horreur.

Leur histoire d'amour les comblait tous les deux, ils faisaient des projets, tout allait pour le mieux. Mais depuis quelques jours, la belle avait le bourdon. Ben oui, un marin c'est pas toujours en perm, ça doit naviguer de temps en temps, et son amoureux allait reprendre la mer, partir pour l'Asie , sur la Jeanne !

Il parlait de son voyage avec tant de faconde qu'elle s'inquiétait ; reviendrait-il ? ne trouverait-il pas une fiancée aux yeux en amandes , là bas ? Il n'y avait pas plus joli garçon de Kerpert à Kergrist Moëlou, de Kerfot à Kermaria Sulard ! Alors , c'est sûr , de l'autre côté de la planète, il en ferait chavirer plus d'une...

Elle essayait de masquer sa tristesse, mais il n'était pas dupe. Il lui promettait des merveilles pour son retour : la bague au doigt, la casbah, un p'tit Lucas, une p'tite Léna. Pour la faire patienter , du Japon il lui enverrait un  kimono .

Le jour du départ arriva. Pulchérie en larmes s'accrochait au bras de son beau marin. Le khôl dont elle avait bordé ses paupières traçaient deux petits routes grises sur ses joues.

Soudain, Émile sortit un tout petit paquet de sa poche. Elle déchira fébrilement le papier. Émue, elle leva vers lui des yeux plein d'étoiles ...

 

c'était mon histoire avec les mots en k  (ou encas!)d'asphodèle.